Un programmateur ouvre votre pressbook sur son téléphone, entre deux autres messages, et décide en une quinzaine de secondes s’il continue à lire. La plupart des pressbooks qu’on me demande de refaire perdent cette fenêtre dès le premier écran : une couverture sans nom, une biographie qui commence par trois phrases d’adjectifs, et aucune indication sur les lieux où l’artiste s’est réellement produit.
Un pressbook n’est ni un portfolio ni un document pour les fans. C’est un document commercial avec une seule mission : donner à un programmateur, un journaliste ou une marque l’envie et l’assurance de vous dire oui.
Sachez qui le lit
Trois personnes reçoivent votre pressbook, et elles n’y cherchent pas la même chose.
- Un programmateur ou organisateur veut savoir si vous pouvez remplir sa salle et ce que coûte votre venue. Il regarde d’abord votre historique de concerts.
- Un journaliste ou animateur radio veut une histoire et quelque chose à citer, plus une photo qu’il peut publier sans demander d’autorisation.
- Une marque ou un sponsor veut des chiffres d’audience et la preuve qu’il est sans risque de s’associer à vous.
Un seul document peut servir les trois, à condition que les informations dont chacun a besoin soient faciles à trouver au lieu d’être noyées dans le texte.
Ce qu’il doit contenir
- Une couverture qui vous nomme. Le nom de l’artiste et la nature du document. Si quelqu’un l’enregistre et l’ouvre une semaine plus tard, il doit savoir à qui il appartient sans lire plus loin.
- Deux biographies. Une courte d’environ cinquante mots, qu’un animateur peut lire à l’antenne, et une plus longue d’environ deux cents mots. Écrivez les deux à la troisième personne pour qu’elles puissent être copiées directement dans un programme ou un article.
- Des liens musicaux qui fonctionnent. Vos profils de streaming et un ou deux morceaux précis, pas un dossier de fichiers. Vérifiez chaque lien avant l’envoi.
- L’historique de concerts. Salles, festivals et dates. C’est la rubrique que les programmateurs lisent en premier, et celle qui manque le plus souvent.
- Presse et radio. Où l’on a parlé de vous, avec le nom du média bien visible. Deux vraies mentions valent mieux qu’une page de logos que personne ne reconnaît.
- Les chiffres d’audience. Abonnés par plateforme et auditeurs mensuels, avec la date de la mesure.
- Des photos publiables. Au moins une verticale et une horizontale, en pleine résolution, avec le crédit du photographe à côté.
- Un seul contact. Un nom, un numéro de téléphone et un e-mail. Si vous avez un manager, ses coordonnées remplacent les vôtres au lieu de s’y ajouter.
Le problème de la biographie
La plupart des biographies d’artistes que je reçois commencent de la même façon : une étoile montante au son unique et à la présence indéniable. Rien de tout cela n’est une information. Un lecteur ne peut ni l’imaginer, ni le citer, ni le vérifier.
Ce sont les faits qui font le travail : d’où vous venez, ce que vous créez, avec qui vous avez travaillé, ce que vous avez sorti et quand, où vous vous êtes produit. Un programmateur qui lit que vous avez joué dans une salle précise en décembre dernier en apprend plus que celui qui lit que vous êtes inarrêtable.
Les photos : ce dont les médias ont besoin, pas ce que vous préférez
La photo que vous préférez est souvent un portrait serré et très retouché. Ce dont une publication a besoin, c’est d’espace autour de vous pour un titre, d’une version qui résiste à un recadrage en bannière large, et d’une résolution qui tient à l’impression.
Indiquez l’autorisation d’utilisation dans le document lui-même : une seule ligne précisant que les images peuvent être utilisées pour la presse et la promotion en créditant le photographe. Cette phrase supprime les allers-retours qui retardent les articles.
Soyez précis sur les chiffres, ou ne les mettez pas
Des chiffres vagues ressemblent à des chiffres gonflés. « Des milliers d’écoutes » éveille le doute, un chiffre précis avec une date, non. Si vos chiffres sur une plateforme sont modestes, un bon taux d’engagement ou un concert local complet plaide souvent mieux votre cause que le nombre d’abonnés.
Quels que soient les chiffres que vous indiquez, datez-les. Un chiffre non daté vieillit mal et donne à tout le document un air dépassé.
Mettez-le en forme pour qu’il arrive à destination
- Envoyez un PDF, pas un dossier d’images ni un fichier de design que vous êtes le seul à pouvoir ouvrir.
- Restez sous dix mégaoctets pour qu’il passe par e-mail et s’ouvre sur un téléphone avec des données mobiles.
- Nommez correctement le fichier. Votre nom d’artiste et l’année, pas « pressbook final v3 ».
- Rendez les liens cliquables dans le PDF. Personne ne tape une adresse de streaming à la main.
- Faites court. Cinq à huit pages suffisent. La longueur ne prouve pas l’importance.
Traitez-le comme un document vivant
Un pressbook cesse de fonctionner dès qu’il n’est plus à jour. Indiquez le mois et l’année, et refaites-le après chaque sortie, chaque concert important et chaque article de presse. C’est aussi l’argument pour le concevoir comme un système plutôt qu’un document unique : une mise en page construite sur une grille claire et une échelle typographique définie peut intégrer de nouveaux contenus en un après-midi, alors qu’un document conçu page par page doit être refait à chaque fois.
Facilitez le oui
Tout dans un pressbook doit réduire l’effort nécessaire pour vous programmer, écrire sur vous ou vous financer. Si une rubrique n’aide personne à prendre cette décision, elle occupe une place qu’un crédit photo, un nom de salle ou un numéro de téléphone valide pourrait mieux utiliser.
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